
Et non, pas d’interviews mail chez nous, la rencontre se fait dans un petit deux-pièces enfumé de la périphérie Parisienne… Quelqu’un tape à la porte, bienvenue chez Jekyll et Hyde…
Salut CED, peux-tu nous dire comment es-tu venu à la musique ? La flûte avant le rock n’roll ?
Arrête, la flûte m’a presque dégoûté de la musique. Heureusement le rock’n'roll est rapidement venu à moi avec notamment les premiers AC-DC. J’ai tout de suite kiffé l’imagerie, le côté mauvais garçon, la présentation du vice, de la dépravation et bien sûr la musique. Alors naturellement j’ai voulu dépasser le cap du spectateur, vers l’acteur, en créant un groupe, à l’époque j’avais quinze ans, la crête bleue, le tout au fin fond de la Mayenne dans un petit bled d’à peine deux mille habitants…
Ton premier groupe s’appelait déjà les Banane Metalik ?
Oui, mais écrit métalliQUE, c’était plus punk/rock. Dans l’univers rockeur de la BD de Margerin Banane métallique, à coté il y avait aussi le film Orange Mécanique avec ce discours, sur la société, sur l’ultra violence et la pression des normes, ce sont toutes ces choses qui m’ont plu car les normes et moi ça fait deux…
Ensuite j’ai pas mal fait de formations dont je ne me souviens plus des noms, punk, punk/hardcore…
Pour la petit anecdote quand j’ai recréé Banane Métallique, c’est le mec des badges qui n’avait pas la place de mettre le QUE et qui a donc mis un K, c’était pour notre premier concert et depuis c’est resté.
Avant on faisait ça pour la musique, on se bougeait dans tous les clubs, on était là pour assouvir une passion d’un point de vue musical, sans s’imposer de frontières.
Tu es le chanteur du groupe, cela a t’il toujours été le cas ? Et pourquoi chanteur, est-ce une question d’égo, envie d’être une rockstar ?
Toujours chanteur, peut-être une histoire d’égo en effet. Mais l’égo ce n’est pas forcément négatif, j’ai remarqué que beaucoup de gens en ont souvent une notion péjorative, mais moi, je me dis toujours qu’il en faut un minimum pour monter sur une scène et aller dire au public « ce que j’ai écrit, c’est pour toi »

D’ailleurs pour dénicher votre public vous avez dû bouger de la Mayenne, non ?
Le deuxième jour du bac, sur un pétage de plombs je suis parti vivre en Angleterre, j’ai donc découvert le punk en plein dedans. A l’époque c’était la dégaine crêtes rouges, léopard, le but étant de se faire prendre en photo par les touristes pour taper de la tune. Londres était beaucoup plus rock n’roll qu’actuellement, c’était à l’époque de l’émergence des mouvements punk, psykobilly, hardcore…Il y avait vraiment des trucs de fou !
Maintenant, tout y est devenu hyper cher, toutes ces rues ont disparues, les rares punks que tu croises en train de faire la manche grâce à une dégaine ou à ce genre d’attitude sonnent totalement faux.
Avant on faisait ça pour la musique, on se bougeait dans tous les clubs, on était là pour assouvir une passion d’un point de vue musical, sans s’imposer de frontières. Tout le monde se mélangeait, tu pouvais aller taper des soirées avec du dancehall au premier étage et du punk au dessus sans qu’il y ait d’embrouilles.
Et comment tout ça s’est fini ?
Je suis revenu, parce que ça partait en freestyle… Beaucoup trop de teufs, de défonce et finalement
de violence qui te transforment en vampire. Il faut savoir qu’on vivait dans des squats, grâce à une loi fantastique car si tu posais un verrou ou un cadenas sur une porte, il fallait deux mois pour que le proprio récupère le lieu. Mais trop de gens ont commencé à affluer, l’esprit disparaissait petit à petit et au bout de 5 ans les galères sont apparues. J’étais quasiment à la rue, ça devenait donc difficile financièrement, du coup je me suis replié à Rennes et depuis je bouge régulièrement, mais Rennes reste mon pied à terre.
Je ne supporte pas de payer super chère une place et voir un groupe qui se fout de ma gueule !
Peux-tu nous parler de ton concept de Gore’n'roll ? C’est quoi ce délire ?
C’est un moyen de réunir mes deux passions, celle pour la musique et celle pour le cinéma, spécifiquement les films d’horreur. J’ai fait mes premiers cauchemars sur Triangle du Diable, un téléfilm, et tous les classiques des années 80. Kiss m’a aussi beaucoup influencé, dans la notion où tu payes un ticket t’en as pour les yeux, t’en as pour les oreilles. Je ne supporte pas de payer super chère une place et voir un groupe qui se fout de ma gueule !
Comme en France on n’y était pas vraiment habitué j’ai voulu amener un peu de perversion et de décadence avec ce côté freak et mise en scène horrifique, gogo, bourreau…
Après il y a une chose qui me saoul, c’est que nous le faisons depuis plus de dix ans et qu’on nous rabâche toujours que nous pompons tel ou tel groupe.
Justement c’était la question suivante… En France Punish Yourself, fait un peu la même chose, non ?
Oui et non, c’est effectivement un des groupes dans lesquels on se reconnaît, nous sommes potes et nous devions d’ailleurs faire un featuring sur le dernier album.
Nous sommes similaires car nos shows sont visuels et authentiques. Quand nous montons sur scène il faut qu’il se passe des choses et on prend toujours autant de plaisir à balancer ce que l’on fait, mais eux sont dans le phosphorescent.
A quels groupes avez-vous l’habitude d’être comparé, alors ?
Des groupes ricains surtout, lorsqu’un groupe Français fait ça, c’est de suite assimilé à du pompage de Slipknot. En France, sans vouloir être péjoratif, rare sont les personnes qui se disent « tiens, est-ce qu’un Français aurait pu faire ça, ou inventé ça »… Là, on revient des Etats-Unis, et à chaque fois on y joue devant mille personnes par date, avec un super accueil tandis qu’en France on doit constamment subir les comparaisons.
C’est très cliché mais on assiste à une sorte de fuite des cerveaux d’un point de vue artistique. Des mecs qui ont du talent, qui font des choses avec passion, mais qui galèrent en France, et font office de sous-culture. Alors ils s’exportent à l’étranger et là, ils fracassent tout, sont reconnus pour leur patte. Ca me fait marrer parce que la France essaye toujours de les récupérer, après coup, mais c’est toujours trop tard.

Fais-tu donc parti de ces Français qui vont fuir notre mère patrie pour les États-Unis ?
J’avais beaucoup d’a priori sur les ricains, surtout en venant du punk, cette espèce d’élitisme culturel Français, qui consiste à les juger négativement comme des cheeseburgers se prenant pour les maîtres du monde…
Pourtant là, j’en suis à mon cinquième voyage au States et il y a une chose à laquelle on ne m’avait pas prévenu, c’est qu’ils sont accueillants !
C’est nous les Français qui sommes froids, distants, méfiants. Quand on sait, pour la petite anecdote, qu’il y a une cellule de crise mise en place dans les hôpitaux pour les japonais qui viennent en France et tombent en dépression nerveuse à cause de la perception qu’ils se faisaient de notre pays et l’accueil qu’ils y reçoivent. Ça pousse à réfléchir et à s’ouvrir l’esprit, à rencontrer des gens, à voyager, à ne pas toujours écouter le même style de musique…
Du coup si je te dis Paris, tu me dis ?
Pas rock n’roll… D’ailleurs c’est devenu une nouvelle légende urbaine, tous les groupes étrangers pensent qu’il faut faire un putain de show rock à Paris. C’est soi-disant là qu’il y a les grosses scènes éthyliques, les concerts de rock n’roll avec leurs âmes, leurs esprits, avec cette essence même qui fait que tout peut partir en freestyle, mais voila, ça s’passe pas à Paris.
Je dis pas que ça n’arrive jamais, mais quand je joue à Paris c’est pas du tout la même, on peut voir énormément de groupes c’est certain, mais ça ne se déroule pas dans les mêmes conditions. Ça manque du petit côté sauvage dont j’ai besoin.
Même si j’y ai fait quelques tournées hardcore au début, avec de gros psychopathes. Notamment un type qui était connu dans tout Paris, un mec qui quand il allait à Clignancourt, tout le monde se barrait. Je l’ai vu arriver à un concert avec une hache ou éclater des portes d’hôtels avec des extincteurs et même éclater des keufs…
Lorsqu’un gars sort le samedi, paye sa place, se bourre la gueule, il a envie de se détendre, de s’éclater et pas d’entendre un politicien au micro lui rabâchant toujours la même rengaine.
En parlant du côté sauvage, aurais-tu d’autres petites anecdotes, j’imagine qu’être une rockstar ça doit pas être triste tous les jours ?
C’est sur qu’en dix ans des anecdotes on en a amassées pas mal. Mais ce qui me marque toujours ce sont les tournées, découvrir d’autres cultures…
Par exemple en Russie c’est des mastodontes, des mecs balaises qui picolent sans arrêt. On n’y a pas fait beaucoup de dates mais j’ai jamais eu autant de mal à m’en remettre, entre la vodka H24, les interminables trajets en train et de leur nationalisme douteux… Comme nous n’acceptons aucuns fachos dans nos concerts, ça a évidemment dérapé avec un mec. Par contre il ne savait pas que lorsque je suis sur scène je rentre dans mon trip, une sorte de transe, et quand un type vient foutre la merde je pars en freestyle…
Ce coup là, le gars faisait 3 fois ma taille, et apparemment j’ai foncé sur lui, lui ai mis un coup de genou et au final, bizarrement, ça a calmé tout le monde. L’ambiance est devenue vraiment plus cool après. C’est comme en colo avec les gamins, et heureusement j’ai mon BAFA…
Le Japon m’a aussi beaucoup marqué, en particulier leur sens de l’éducation et du savoir vivre. Entre le douanier qui fouille mon sac, y trouve des bouts de cerveaux, des couteaux, du faux sang, enfin tout notre kit pour le show, qui me demande ce que je fais avec tout ça, écoute mon explication, me regarde, et fini par s’excuser en refaisant mon sac très poliment.
Ou leurs punks avec des looks incroyables, tatoués de la tête au pied qui s’incline devant toi pour te demander une dédicace ou simplement pour échanger quelques mots. Humainement ça fait un bien fou. C’est quand même le seul pays où l’on te remercie de dire merci.
La meilleure anecdote étant quand même d’arriver à faire bouger un public à l’étranger, alors que nous chantons en français. Des Américains ou des Japonais qui essaient de dire « état sauvage » en phonétique ça vaux le détour.

Le mythe de la rockstar existe toujours donc ?
Aux États-Unis en tout cas, il suffit de regarder le nombre de groupies qu’il y a dans les loges…
Le principe de la star ça fait rêver beaucoup de gens, par exemple lorsque l’on part a l’étranger, les gens pensent qu’on est plein de blé, ils nous considèrent comme des stars alors que je bouffe des pâtes en rentrant chez moi, et que des fois je joue juste pour mettre de la sauce tomate avec. C’est pour ca qu’à un moment j’aimais bien le courant du Hiphop, comme le Klub des Loosers, parce que c’est l’anti-star, des paroles, du phrasé.
Enfin on vit dans une société de starification où tout le monde veux être vu, reconnu et je pense que ce n’est pas près de s’arrêter sinon les magazines people ne seraient pas les premières ventes en France.
Enfin si tu devais nous donner votre principale différence par rapport à d’autres groupes de rock ?
Je dirais que ce qui nous différencie c’est que notre principal intérêt est de faire marrer les gens. Pour avoir fait parti d’un grand nombre de groupes et, souvent plus axés sur le social, je me suis rendu compte que ça cassait les couilles à tous le monde cette espèce d’hypocrisie ambiante. Lorsqu’un gars sort le samedi, paye sa place, se bourre la gueule, il a envie de se détendre, de s’éclater et pas d’entendre un politicien au micro lui rabâchant toujours la même rengaine.
Mais au final, ce qui est super dur quand tu fais du rock n’roll, et que tu as beaucoup de convictions, c’est d’être cohérent dans ta vie de tout les jours. Lorsque tu commences à avoir de plus en plus de renommée, on te propose des passerelles, de faire du buzz sur le groupe, des trucs plus ambitieux. Or, le problème est d’arrivé à ne pas vendre son âme au diable. Il faut trouver son juste équilibre et maintenant ça m’intéresse de faire connaître le groupe parce qu’on le fait avec nos trips, on ne ment pas, on ne triche pas…
Retrouver l’interview des Bananes Métalik (Ced666) Mr Hyde ici.
Tout les artworks sont réalisé par STREETSKING.ORG
Jekyll



























janvier 16th, 2009 at 19:32
nice l’interview
mais un petit reproche:
l’orthographe:
Tu es le chanteur du groupe, cela a t’il toujours étais / ETE le cas ?
« Comment tout ça c’est / s’est fini ? »
« mais trop de gens ont commencé / commencés »
janvier 16th, 2009 at 19:39
wowo! big up! du gro son et une pur mentalité, voila de koi me réconcilier avc le rock and roll !
janvier 16th, 2009 at 19:40
Bonsoir Eponyme, et merci pour ta participation ! Ces fautes là sont d’ores et déjà corrigées… ça te dis un petit poste de correcteur au sein de la rédaction ? =)
janvier 16th, 2009 at 20:04
“mais trop de gens ont commencé / commencés”
commencé ne prend pas de s avec le verbe avoir..:)
janvier 18th, 2009 at 15:51
Whaaa! Belle initiative que cette interview!
Banane Métalik, un des meilleurs groupes français, tout simplement.
Et puis comme le disaient nos aïeuls morts pour la France: « Un homme qui vénère Braindead ne peut pas être foncièrement mauvais »!
janvier 20th, 2009 at 11:16
tchom tout dépends de la place du COD
généraliser cette règle peut porter à la confusion, je viens d’en faire les frais ! tu as raison, pas de « s » à « commencé ».
Merci pour ta proposition Jekyll et Hyde mais mes études ne me permettent pas d’avoir assez de temps pour assurer un travail régulier.
Bonne continuation à l’équipe et au blog
janvier 21st, 2009 at 11:19
Yeahhh mortel ce groupe !!!!
juin 12th, 2009 at 11:22
Très bonne interview !!
Merci pour tout, je te colle dans mes liens…
Chris
février 1st, 2010 at 16:43
GREAT !!
Faut qu’il vienne faire un tour à la miroit !